Marie Mounib, la belle-mère à la méchanceté amusante !

Hanaa Khachaba Mercredi 27 Février 2019-12:17:19 Chronique et Analyse
Marie Mounib
Marie Mounib

Elle est la belle-mère la plus célèbre du cinéma égyptien et du monde arabe. Marie Mounib est un nom qui provoque, à lui seul, le rire. Une femme forte et large, aux manières un peu farfelues, aux yeux généralement maquillés au khôl, Marie Mounib est une comédienne égyptienne d'origine libanaise ayant excellé dans le rôle de belle-mère. Honorée il y a quelques jours par le moteur de recherche Google, en lui créant un doodle, Le Progrès Egyptien tente aussi de lui rendre hommage à sa façon.

 

De son vrai nom Marie Salim Habib Nasrallah, née à Beyrouth, sa famille a rapidement déménagé au Caire. Elle a commencé jeune sa carrière, au décès de son père, d'abord comme danseuse au café Rawd Al Faraj puis en participant à des comédies. Elle rejoindrait en 1934 la troupe Rihani, fondée par le comédien Naguib Al Rihani. La troupe Rihani a été un tournant dans sa carrière, car elle y resterait jusqu'à sa mort. La comédie est un art subtil et difficile où notre "belle-mère au rire décapant" a brillé.

Capable d'enrichir et d'innover ce genre théâtral, Marie Mounib a joué également dans des films porteurs de messages sur les problèmes de société. La comédie de Marie Mounib appartenait donc à cette quête de servir l'humanité. Engagée, elle a été sincère de bout en bout vis-à-vis de son art et d'elle-même.  

L'actrice égyptienne était l'une des premières femmes à percer dans un environnement masculin, à l'époque très masculine, en participant à des comédies, comme la première qu'on lui a proposé: Ibn Al Chaab. Suivraient ensuite de nombreuses autres, comme Inchudat Al Radio en 1936, ou encore Nachid Al Amal  en 1937.

Cependant, Marie Mounib se ferait surtout connaître dans le rôle de mère, trop protectrice de sa fille. La mère gavait la jeune mariée de conseils souvent mal placés pour soi-disant sauver son couple. Des astuces du type comment cacher des trucs à son mari, ou encore comment lui arracher son argent, bon gré mal gré. En belle-mère méchante et férue de magouilles, elle se comportait d'une méchanceté enfantine et amusante envers son gendre. Avec plus de 200 films à son actif, Marie Mounib a dessiné un caractère très particulier de la femme castratrice quoique drôle et amusante. Elle essayait, dans l'apparence, de guider sa fille au long de son mariage pour apporter amour et bonheur à son couple mais qui, en vérité, était prête à tout afin de détruire son mariage, en lui donnant du fil à retordre à chaque moment.

Autant pour des frivolités que pour de raisons sérieuses, Marie Mounib incitait sa fille à se mettre en colère contre son mari, croyant ainsi à tort, que lorsque l'épouse se montrait ferme et implacable avec son mari, ce dernier, par amour ou par crainte, éviterait les querelles en cédant à ses petits caprices. Côté apparence, Marie Mounib vous rappelle au premier coup la célèbre Madame Sarfati d'Elie Kakou. Marie Mounib, est une véritable icône du cinéma égyptien dans les années 40 et 50  et une légende de l'humour du monde arabe. Elle a inspiré pas mal de belles-mères quand venait le jour de mariage de leur fils ou fille. Même si Mounib ridiculisait ce genre de femmes dans ses films dans un souci de montrer à la société la gravité de ces dérives et leurs retombées sur la future vie des jeunes mariés, de nombreuses belles-mères marchent malheureusement sur ses traces, tellement imbibées de préjugés et de coutumes ancestrales. "J'essaie de donner une leçon utile aux gens par un langage satirique sur la belle-mère", avouerait-elle plus tard.

Mais, Marie Mounib ne serait pas confinée dans le seul rôle de belle-mère. Elle a incarné également le personnage de la fille du bled (bint balad) dans le long métrage Al Azima (la volonté) en 1939, et la propriétaire de maison dans Intissar Achabab (le triomphe de la jeunesse) en 1941. Notre actrice a incarné avec un même bonheur le rôle de la vieille fille dans plusieurs longs métrages. Il y avait aussi le profil de la dame turque, qui était très fréquent en Egypte en son temps.

Côté vie personnelle, Marie Mounib s'est marié avec Fawzi Mounib dont elle porte le nom de famille. Leader de la comédie spontanée, Marie Mounib  a reconnu avoir eu son premier choc dans sa vie quand son conjoint Fawzi l'a abandonné après avoir eu de lui deux garçons et une fille. Fawzi se remarierait avec Narjess Chawki, lors d'un se ses voyages au Levant. Seul son épanouissement au sein de la troupe de Youssef Wahbi qu'elle venait de rejoindre la sauverait d'une dépression. Pourtant, après avoir joué dans Banat Errif  (les filles de la campagne), elle a rompu avec cette troupe qui privilégiait la tragédie, alors que la nature de notre "belle-mère au sourire décapant" était gaie et portée sur le rire.

Malgré l'attrait qu'exerçait sur elle le cinéma, elle a préféré se consacrer au théâtre, puisqu'il lui était devenu impossible de soutenir le rythme infernal imposé par les studios de cinéma le jour, et les salles de théâtre la nuit. Marie Mounib n'a pas non plus oublié que la meilleure période de sa vie artistique avait été au sein du théâtre Naguib Rihani, une école qui lui a beaucoup appris dans les arts et dans la vie. «Personne ne peut réellement imiter l'autre, a-t-elle avoué un jour. C'est pourquoi je ne pense pas qu'on puisse imiter mon personnage. Ce n'est pas là de la prétention : les Hommes sont ainsi faits et chacun est unique dans son genre».

L'Histoire retiendra, par ailleurs, qu'elle a su, par sa forte personnalité, son engagement, son opiniâtreté et son sens du compromis, sauver la mythique troupe de Naguib Rihani après la mort de celui-ci en 1949, et la disparition de certains grands noms de la comédie. Mieux encore, Marie Mounib a servi de soutien généreux et d'appui désintéressé pour beaucoup d'artistes tombés dans le besoin et parfois même dans le dénuement, à la fin de leur vie.

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